1968 - Je t'aime, je t'aime

1968
Je t'aime, je t'aime
Film de Alain Resnais

Suite à l'échec de son suicide, Claude Ridder se voit proposer de participer à une expérience de voyage dans le temps qui n'a été testée jusqu'à présent que sur des souris. Mais l'expérience tourne mal, et Claude entame un voyage aléatoire dans son passé.

Entre Marguerite Duras pour Hiroshima mon amour (1959) ou Alain Robbe-Grillet sur L'Année dernière à Marienbad (1961), Alain Resnais se sera plu dès ses débuts à convoquer des écrivains novices du cinéma pour alimenter la touche anticonformiste de ses films. Je t'aime, je t'aime allait ajouter une nouvelle pierre à l'édifice par sa collaboration avec l'auteur Jacques Sternberg. Plutôt porté sur le fantastique et la science-fiction, celui-ci s'était fait maître dans l'art de la nouvelle et la capacité à délivrer un récit intense et inventif dans ce cadre restreint. L'idée du scénario coécrit par Resnais et Sternberg sera donc de construire un récit entier sur des moments courts, en creux et anodins. La construction en flashback, logique pour une telle entreprise, sera donc amenée par le postulat de science-fiction que constitue le voyage dans le temps.

Pour comprendre la structure de Je t'aime, je t'aime, il faut imaginer l'existence comme un puzzle dont on aurait soudainement mélangé les pièces qui se révèlent donc à nous de manière totalement aléatoire. Le film alterne donc les émotions qui accompagnent une vie, que ce soit la joie, l'amour l'exaltation ou l'ennui. C'est pourtant ce dernier aspect qui domine par le choix des auteurs de ne privilégier que les moments quelconques et sans éclats, notamment ceux où Claude ronge son frein dans des emplois ingrats et ennuyeux. Ce parti pris permet de révéler de manière fragmentée et indirecte ce qui constitue l'enjeu principal : la découverte de la raison du mal-être de Claude. L'énigme se révèlera progressivement, notamment au travers de la relation tumultueuse que Claude entretient avec son épouse qui s'avèrera décédée...

Dernier point fort : la prestation magnifique de Claude Rich. Sans le moindre artifice de maquillage, il parvient par son seul jeu à faire deviner chacune des époques de la vie de son personnage, adulte ou juvénile, heureux ou triste, grâce à une expressivité subtile. Il est l'âme du film, et notre guide dans ce kaléidoscope. Je t'aime, je t'aime est un chef-d’œuvre dont les remous du Festival de Cannes 1968 avorté atténueront injustement la portée dans la filmographie d’Alain Resnais.
(Source et suite de l'article ici : http://www.dvdclassik.com/critique/je-t-aime-je-t-aime-resnais)

JE T'AIME, JE T'AIME (1968) Original French Trailer



Suzanne Liandrat-Guigues analyse "Je t'aime Je t'aime" d'Alain Resnais (2013) de G. Courant

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